source http://www.social-sante.gouv.fr/

Les femmes perçoivent aujourd’hui des retraites sensiblement moins élevées que celles des hommes. Cet écart s’explique par des carrières plus souvent interrompues, des rémunérations plus basses, liées à la discrimination salariale et à la fréquence du travail à temps partiel chez les femmes.

Si rien n’était fait, les retraitées des générations nées dans les années 1970 percevraient encore des pensions inférieures de 20% à celles de leurs homologues masculins, selon le Conseil d’orientation des retraites.

La réforme contient plusieurs mesures qui vont améliorer leur situation, dès aujourd’hui et sur le long terme.

Des mesures spécifiques pour les femmes

La maternité est désormais mieux prise en compte, y compris pour un départ anticipé si vous avez commencé à travailler jeune.

Jusqu’à présent, les mères ne validaient qu’un trimestre de congé maternité par enfant. Pour les deux premiers enfants, le congé maternité ne dépasse pas 4 mois : les femmes n’y perdaient rien.

Mais les grossesses multiples, ou les grossesses des femmes déjà mères de deux enfants, donnent lieu à des congés maternité de 6 mois et plus. Les femmes dans ces situations ne validaient qu’un trimestre au titre de leur congé maternité ; elles en valideront désormais deux, et leur carrière ne connaîtra pas de « trou » du point de vue de la retraite.

Rappelons qu’en 2010, l’Insee a recensé environ 120 000 naissances d’enfants de 3e rang de naissance ou plus, et, en 2011, 14 125 accouchements de jumeaux et 214 de triplés.

Tous les trimestres de maternité compteront comme « cotisés » pour la retraite à 60 ans pour carrière longue.

Le dispositif « carrières longues » permet de partir à 60 ans lorsqu’on a commencé à travailler avant 20 ans, à condition de pouvoir justifier d’une durée de cotisation égale à la durée d’assurance requise.

Par exemple, une personne née en 1955 doit valider 166 trimestres ; pour bénéficier de la retraite anticipée, il lui faut justifier de 166 trimestres cotisés – et non seulement validés, c’est-à-dire que seuls les trimestres acquis en travaillant comptent.

Cependant, certains trimestres non effectivement cotisés sont admis : depuis le décret du 2 juillet 2012, qui a étendu ces exceptions, on peut faire valoir 4 trimestres de service militaire, 2 trimestres de chômage et 6 trimestres d’arrêt maladie, accident du travail et maternité.

Désormais, tous les trimestres de maternité seront considérés comme cotisés. A noter que la réforme ajoute aussi 2 trimestres de chômage et 2 trimestres d’invalidité. Les femmes ayant commencé à travailler jeune, qui se sont plus souvent interrompues que les hommes dans leur carrière, auront donc plus de chances d’accéder à la retraite anticipée.

Enfin, la réforme prévoit qu’une réflexion sera entamée très rapidement pour refondre le système de majorations pour enfants, qui bénéficie actuellement à 70% aux hommes. A terme, elles devraient être forfaitisées et être versées aux femmes pour chaque enfant.

Des mesures qui s’appliquent à tous mais bénéficieront surtout aux femmes

Certaines mesures de la réforme s’appliquent à tous les assurés mais profitent essentiellement aux femmes.

Des carrières heurtées et à bas revenus mieux validées

Les femmes perçoivent encore des rémunérations en moyenne inférieures de 25% à celles des hommes. 30% des femmes travaillent à temps partiel, contre 6,5% des hommes. Et 70% des bénéficiaires du minimum contributif – majoration versée à ceux qui ont cotisé sur de petits montants – sont des femmes.

Le montant nécessaire pour valider un trimestre a été abaissé de l’équivalent de 200 heures de Smic à 150.

Avant la réforme, pour valider un trimestre, il fallait avoir perçu, dans l’année, une rémunération soumise à cotisations de retraite égale à 200 fois le Smic horaire. En 2018, cela représente 1976 €.

Pour valider ses 4 trimestres de l’année : il fallait donc avoir gagné 7904€ en tout. Une femme qui travaille à temps partiel  au Smic et ne gagnant que 5928,00 € ne validait que 3 trimestres.

Avec la réforme, le montant nécessaire pour valider un trimestre passe à 150 fois le Smic horaire, soit 1504.50€ pour un trimestre, et 6018,00€ pour quatre. Elle validera donc ses 4 trimestres.

De plus, il sera possible de reporter ses cotisations d’une année sur l’autre, lorsque l’on n’aura pas validé ses 4 trimestres lors de chacune de ces années.

→ 60 à 70% des bénéficiaires de ces deux mesures seront des femmes.

D’autres mesures, visant les personnes qui ont eu des carrières heurtées, avec beaucoup d’interruptions, bénéficieront largement aux femmes.

Les périodes de formation professionnelle des chômeurs seront ainsi validées intégralement.

Le minimum contributif est devenu plus avantageux. Le montant qu’on ne peut dépasser en additionnant toutes ses pensions et le minimum contributif est passé, le 1er janvier 2019 à 1 177,40 Euros.

Les bénéficiaires du minimum vieillesse, ne seront pas concernés par le report de 6 mois de la date de revalorisation des pensions. Leur allocation continuera à être augmentée le 1er avril de chaque année. Elle sera même revalorisée deux fois en 2014.

Un tarif préférentiel pour le rachat de trimestre des assistants maternels

Les personnes qui ont exercé le métier d’assistant maternel avant 1991 – très majoritairement des femmes – ont cotisé pour ces périodes sur des bases très basses. Elles pourront racheter des trimestres pour les années incomplètes antérieures à 1991 à un tarif préférentiel.

Des pensions revalorisées pour les agricultrices, les épouses d’agriculteurs, les conjoints collaborateurs

Les agricultrices et les épouses d’exploitants agricoles perçoivent des pensions particulièrement basses. Plusieurs mesures de la réforme ont pour effet de les réévaluer, dès maintenant et pour l’avenir.

Par ailleurs, les quelques 100 000 conjoints collaborateurs des artisans, des commerçants et des agriculteurs pourront désormais adhérer à l’assurance volontaire vieillesse pour compléter leurs droits à la retraite. Jusqu’à présent, en cas de divorce, de décès ou de départ en retraite du chef d’entreprise, le conjoint n’était plus couvert. 8 conjoints collaborateurs sur 10 sont des femmes chez les artisans, 9 sur 10 chez les commerçants et les professions libérales.

Les trimestres pour les aidants familiaux, qui sont en majorité des femmes mieux pris en compte

La charge d’un enfant malade ou d’un parent handicapé, dans un foyer, pèse plus souvent sur la carrière de la femme. Deux mesures leur sont destinées.

Enfin, l’augmentation de la durée de cotisation ne pénalisera pas plus les femmes que les hommes.

L’écart entre les pensions des hommes et des femmes s’est longtemps expliqué par un nombre inférieur de trimestres validés par celles-ci.

En 2004, les femmes parties à la retraite ont validé en moyenne 20 trimestres de moins que les hommes et 29 % d’entre elles ont dû attendre 65 ans pour prendre leur retraite à taux plein contre 14% des hommes.

Mais cette inégalité devrait s’effacer vers 2020 selon l’Insee, avec l’arrivée à l’âge de la retraite de femmes ayant travaillé plus jeunes et les dispositifs de validation de trimestres des parents au foyer.

La situation pourrait même s’inverser du fait des trimestres de majoration pour enfants et d’une meilleure validation des congés maternité.

L’augmentation de la durée de cotisation, prévue par la réforme à partir de 2020, n’aura donc pas d’impact sur les inégalités entre femmes et hommes à la retraite.